Tu te trouves en monitoring et tu as un bilan sanguin à monitoring. Il est bon d’avoir certaines notions afin d’effectuer le monitoring des bilans sanguins. L’objectif n’est pas de jouer les apprentis médecins mais de te permettre d’identifier certain AE (en cas d’augmentation ou de diminutions de certaines constances) et de poser des questions à ton investigateur au cas où il n’aurait pas notifié un éventuel AE. Nous allons voir ici les principaux bilans sanguins en recherche clinique et je te donnerai quelques conseils sur le monitoring des AE…Attention, cet article n’est pas exhaustif.

La NFS ou Hémogramme

Elle consiste à dénombrer et analyser les différentes cellules du sang.

A. Globules rouges ou hématies :

On peut évaluer leur nombre pour détecter une polyglobulie (taux trop élevé).

L’hématocrite :

Il s’agit du pourcentage du volume sanguin occupé par les hématies. Il diminue en cas d’anémie, et augmente par exemple lors d’un épisode de déshydratation.

L’hémoglobine :

Le taux d’hémoglobine dans le sang est normalement de 13 grammes par décilitre (g/dl) chez l’homme, et 12 chez la femme. À partir du deuxième trimestre de grossesse, il tombe à 10,5 g/dl.

B. Plaquettes :

Elles participent à la coagulation du sang et à la formation de caillots en cas d’hémorragie (écoulement sanguin). Leur taux anormal peut avoir de multiples causes :

  • Une valeur basse révèle par exemple une infection ou un problème de coagulation (avec un risque de saignement prolongé, d’épistaxis ou d’apparition de bleus).
  • Une valeur élevée signale un risque d’obstruction d’un vaisseau sanguin (thrombose).

C. Globules blancs ou Leucocytes

Ils sont en charge de la défense du corps contre les micro-organismes (virus, bactéries, champignons). Leur nombre peut varier en cas de dysfonctionnement de la moelle osseuse, ou à la suite de la prise de certains médicaments. Il existe 3 variétés :

Les polynucléaires :

  • Les polynucléaires neutrophiles : ils augmentent en cas d’infection bactérienne (ex. : pneumonie) ;
  • Les polynucléaires éosinophiles : ils augmentent en cas d’allergie, ou d’infection parasitaires (ex. : oxyurose…) ;
  • Les polynucléaires basophiles : leur taux peut être augmenté en cas de réaction allergique, infectieuse… ;
  • Les lymphocytes augmentent en cas d’infection virale ou de maladie auto-immune.
  • Les monocytes augmentent durant certaines pathologies infectieuses (ex : mononucléose, toxoplasmose)

Le bilan inflammatoire

Dans un bilan inflammatoire basique on regarde deux éléments :

La vitesse de sédimentation (“VS”) correspond à la quantité de sang coagulé dans un tube au bout d’une ou deux heures. Cette valeur permet de diagnostiquer une éventuelle inflammation aiguë ou chronique, quelle que soit son origine (infection, cancer, maladie auto-immune, etc.) Son taux normal varie selon le sexe et l’âge, durant la grossesse et avec la prise de certains médicaments.

La protéine C-réactive (ou “CRP”) est fabriquée par le foie. Son taux dans le sang augmente vite en cas d’infection ou d’inflammation. Il diminue ensuite en cas d’amélioration, plus rapidement que la vitesse de sédimentation.

Le bilan glycémique

Il s’agit de vérifier la concentration de glucose dans le sang. Dans le cas où le taux de glucose est faible, on est en hypoglycémie. S’il est trop élevé, on est en hyperglycémie, caractéristique du diabète.

La glycémie est souvent mesurée à jeun dans les essais cliniques.

Le bilan lipidique

A. Le cholestérol

On dose, en général :

  • Le taux de cholestérol total peut être élevé.
  • Le LDL-cholestérol (ou “mauvais cholestérol”) est transporté dans le sang vers les cellules. Il peut se déposer sur la paroi des artères si son taux est trop élevé, ce qui augmente le risque cardiovasculaire.
  • Le HDL-cholestérol collecte le “mauvais cholestérol” en excès dans le sang, pour l’amener jusqu’au foie qui assure son élimination. Ce “bon cholestérol” exerce donc un effet protecteur sur l’organisme, a fortiori si sa quantité est élevée.

B. Les triglycérides

En quantité trop importante dans le sang, ils accentuent aussi le risque d’AVC.

Bilan rénal

Ce bilan sert à évaluer le fonctionnement des reins. On retrouve par exemple :  

La créatinine sanguine qui provient de la dégradation de la créatine (substance présente surtout dans les muscles, utilisée pour produire de l’énergie). Inutile à l’organisme, elle est éliminée par les reins, pour éviter son stockage dans le sang. Un taux élevé de créatinine signale donc un dysfonctionnement rénal. La quantité normale de créatinine produite dépend de la masse musculaire. Pour cette raison, les concentrations sont plus élevées chez l’homme que chez la femme et l’enfant.

L’urée est une substance résultant de la transformation des protéines alimentaires en acides aminés (assimilables par l’organisme), lors de la digestion. Pour le corps, il s’agit d’un déchet, éliminé par les reins dans les urines. Sa concentration dans le sang reste donc faible et stable lorsque le fonctionnement rénal est satisfaisant. Dans un cadre diagnostique, le dosage de l’urée est beaucoup moins fiable que celui de la créatinine. C’est pourquoi il est souvent réalisé en association avec la mesure du taux de créatinine.

Bilan hépatique

Les enzymes hépatiques

  • L’alanine aminotransférase (ALAT), ou transaminase glutamo-pyruvique sérique (TGP), son taux augmente en cas d’hépatite.
  • L’aspartate aminotransférase (ASAT), ou transaminase glutamo-oxaloacétique (TGO), son taux s’élève en cas d’affection musculaire ou cardiaque si son taux s’élève.
  • La gamma-glutamyl transférase (GGT), en quantité excessive, peut correspondre à la présence d’une maladie du foie, du cœur, des reins,
  • La phosphatase alcaline (PAL) est en partie évacuée du corps via la bile. Sa quantité dans le sang devient plus importante, en cas d’obstruction des voies biliaires, complication de la lithiase vésiculaire.

La bilirubine est un pigment jaune produit par la dégradation de l’hémoglobine des globules rouges. Le foie assure normalement son élimination. En cas de dysfonctionnement hépatique, la bilirubine s’accumule dans le sang et provoque un ictère (jaunisse).

L’albumine est fabriquée par le foie. Son dosage permet d’évaluer les capacités de synthèse du foie.

Les résultats du temps de coagulation (ou “taux de prothrombine”) sont perturbés en cas de maladie du foie.

Pour terminer, je me permets de te donner 2 conseils :

  1. « Il faut faire attention très attention aux AE de grade 4 ».

La définition d’un grade 4 selon NCI-CTCAE version 4.03 est « mise en jeu du Pronostic vital, intervention d’urgence indiquée ».

Pour rappel la définition d’un événement indésirable est la suivante :

« Conformément au 1° de l’article R1123-39 du code de la Santé Publique, toute manifestation nocive survenant chez une personne qui se prête à une recherche biomédicale, que cette manifestation soit liée ou non à la recherche ou au produit sur lequel porte cette recherche. »

En clair, un « Evénement indésirable » n’implique pas nécessairement de relation causale avec le produit étudié. Il peut s’agir d’un signe, d’un symptôme ou d’une affection qui apparaît ou s’aggrave pendant la période d’observation.

Pour rappel la définition d’un événement indésirable grave est suivante :

« Conformément au 6° de l’article R. 1123-39 du code de la Santé Publique, tout événement ou effet indésirable qui entraine la mort, met en danger la vie de la personne qui se prête à la recherche, nécessite une hospitalisation ou une prolongation d’hospitalisation, provoque une incapacité ou un handicap important ou durable ou bien se traduit par une anomalie ou une malformation congénitale, quelle que soit la dose administrée. »

Cela peut également être un événement médical important (par exemple, un avortement spontané ou provoqué).

La menace du pronostic vital est un des critères d’un SAE. Fais donc attention aux AE de grade 4 (ex en Oncologie : Thrombocytes, PNN, Hémoglobine) qui doivent être déclarés en tant que SAE. Renseigne-toi auprès de ton investigateur et du medical monitor pour savoir s’ils considèrent qu’il y a une menace du pronostic vital. Il est possible que cela puisse être reconnu comme un événement médical important. Pose la question et documente la réponse dans ton rapport et ta lettre de suivi ; Demande à l’investigateur d’en faire de même dans son dossier médical.

Pour avoir plus de conseils sur la gestion des SAE, tu peux lire l’article « ARC et TEC, sept conseils pratiques sur les SAE » : www.blogdelarechercheclinique.com/arc-tec-7-conseils-pratiques-saes/

2. L’investigateur n’a aucune obligation de contresigner les bilans biologiques pour attester de sa prise de connaissance.

Non, il n’est pas exigé dans les BPC (décision du 24 novembre 2006 fixant les règles de bonnes pratiques cliniques pour les recherches biomédicales portant sur des médicaments à usage humain) que l’investigateur contresigne le compte rendu d’analyses qui constitue un document source.

La prise de connaissance par l’investigateur de ces comptes rendus d’analyses doit être documentée et peut, par exemple, être mentionnée dans le dossier médical de la personne qui se prête à la recherche évitant ainsi toute ambiguïté sur l’apposition d’une signature sur un document émis par un autre spécialiste, biologiste par exemple. Cette prise de connaissance par l’investigateur lui permet notamment d’identifier les résultats d’analyse anormaux définis dans le protocole comme déterminants pour l’évaluation de la sécurité des personnes qui se prêtent à la recherche biomédicale pour le cas échéant pouvoir respecter les exigences de notification au promoteur (articles L.1123-10 et R.1123-54 du CSP et point 4.11 des BPC). L’investigateur doit s’assurer que les données provenant de ces comptes rendus sont disponibles et, le cas échéant, enregistrées dans les cahiers d’observation au fur et à mesure, de manière exacte, complète et lisible et sont cohérentes par rapport aux documents sources dont elles proviennent. (FAQ ANSM)

Ce point de vue de l’ANSM est plutôt intéressant. Je comprends ici que, temps que l’investigateur documente la prise de connaissance des comptes rendus dans le dossier médical, il n’a pas besoin de signer les comptes rendus. Seul problème, cela n’est pas toujours documenté dans les dossiers médicaux par les investigateurs … Pour l’instant nous continuons à demander qu’ils contresignent les bilans biologiques. Cela me parait plus simple que de leur demander de changer la manière dont ils rédigent leur compte-rendu.

Je pense qu’avec tous ces petits conseils, tu vas pouvoir appréhender les bilans sanguins sous un nouveau jour. Bon courage pour ton prochain monitoring!

 

Sources :

Association des Collèges des Enseignants d’Immunologie des Universités de Langue française. Réaction inflammatoire : aspects biologiques et cliniques, conduite à tenir. Site internet : Université médicale virtuelle francophone (UMVF). Nantes (France) ; 2011 [consulté le 14 novembre 2016]

Haute Autorité de santé (HAS). Diagnostic de l’insuffisance rénale chronique – Bon usage des technologies de santé. Site internet : HAS. Saint-Denis La Plaine (France) ; 2012 [consulté le 14 novembre 2016]

Collège des Enseignants de Nutrition. Dyslipidémies. Site internet : Université médicale virtuelle francophone (UMVF). Nantes (France) ; 2011 [consulté le 14 novembre 2016]

Société Française d’Hématologie (SFH). Hémogramme : indications et interprétations. Site internet : Université médicale virtuelle francophone (UMVF). Nantes (France) ; 2011 [consulté le 14 novembre 2016]

https://www.ameli.fr/assure/sante/examen/analyse/lire-resultats-prise-sang

FAQ ANSM

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  • Monitoring de la créatinine